Un prix du lait à 560 €/100 kg en 2035 d’après les projections de Bruxelles
Chaque année, la Commission européenne se prête à l’exercice délicat de la prospective, en présentant sa vision de l’agriculture à horizon 2035. Et les projections sont plutôt optimistes, avec un objectif de prix du lait autour de 560 €/100 kg dans 10 ans. Les plus grandes incertitudes concernent surtout les coûts de production, la disponibilité des intrants et la capacité des élevages à augmenter leur niveau d’étable dans la perspective du changement climatique.
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À quoi ressemblera l’Europe laitière dans 10 ans ? C’est la question à laquelle la prospective annuelle de la Commission européenne tente de répondre. « D’ici 2035, l’évolution de l’offre et de la demande devrait être favorable », augure Bruxelles. Les projections misent sur une hausse du prix de vente moyen sur les prochaines années, et ce malgré les baisses enregistrées un peu partout en Europe fin 2025. D’un prix moyen autour de 500 €/ 100 kg actuellement, la Commission projette un prix du lait autour de 560 €/100 kg en 2035.
Parmi les fondamentaux figure la hausse de la demande mondiale. « Les marchés émergents d’Asie du Sud-Est, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord stimulent de plus en plus la croissance de la consommation mondiale de produits laitiers. » En parallèle, les perspectives de croissances des exportateurs traditionnels, comme l’Europe ou la Nouvelle-Zélande, restent contraintes. Autrement dit, les exportations de l’Union européenne devraient davantage croître en valeur qu’en volume. « La croissance en valeur pourrait atteindre + 2,6 % par an, ralentissant légèrement par rapport à la décennie précédente (+ 3,2 % par an) », estime le rapport.
Reste ensuite à voir les produits dont ont besoin les principaux importateurs. À ce sujet, les lignes bougent. Les marchés émergents sont principalement intéressés par du lait entier en poudre, alors que l’Europe et les États-Unis proposent traditionnellement du lait écrémé.
En parallèle, la demande en beurre s’annonce soutenue. Si la Commission évoque une augmentation du taux de matière grasse du lait, elle projette également un marché des matières grasses laitières « tendu au cours de la prochaine décennie ». Et ce malgré la récente baisse des prix du beurre. L’Europe devrait également rester dominante sur le segment de l’export de fromage.
Des incertitudes autour du coût des intrants.
Mais au-delà de la question du prix de vente se pose celle du coût de production. À ce sujet, les projections sont moins enthousiastes. « L’évolution future des coûts des intrants (comme l’alimentation animale) est soumise à une forte incertitude au cours de la prochaine décennie », détaille Bruxelles. Les perspectives de l’Union européenne partent du principe que les progrès technologiques et génétiques parviendront à limiter les conséquences du changement climatique, sur la production laitière comme celle des intrants, mais cela reste difficile à garantir. Des incertitudes demeurent également sur le marché des engrais et des énergies.
Enfin, le sanitaire fait partie des freins potentiels évoqués, même si la Commission estime que les vagues épizootiques constatées de part et d’autre de l’Europe « devraient n’avoir que des impacts locaux et à court terme sur la productivité ».
Gagner en productivité pour compenser la baisse du cheptel
Côté volumes, Bruxelles mise sur une hausse de la productivité par vache pour compenser l’effet baisse des cheptels. « L’augmentation de la productivité a compensé avec succès la diminution continue du cheptel laitier de l’UE au cours de la dernière décennie » constatent les rapporteurs : la production européenne a augmenté de 0,8 % par an sur la dernière décennie. Difficile pour autant de parier sur des gains importants avec des niveaux de production déjà élevés : « la croissance des rendements devrait se limiter à + 1,2 % entre 2025 et 2035 » tempèrent-ils.
À cela s’ajoute les politiques environnementales menées par l’Irlande, le Danemark ou encore les Pays-Bas afin de limiter l’impact environnemental de l’élevage via des réductions de cheptel. Sans parler de la déprise laitière de certaines régions européenne. Si les rendements laitiers ont progressé de 46 % entre 2014 et 2024 en Pologne, la collecte de lait de vache a diminué de 4,5 % en France entre 2014 et 2024.
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